Le VIH-sida chez les enfants et les adolescents
Faits saillants
- Les enfants immigrants et réfugiés qui arrivent au Canada risquent davantage d’être infectés par le VIH que les enfants nés au Canada.
- Les estimations de la prévalence du VIH, qui sont faciles à obtenir par pays[1], peuvent être utilisées pour appuyer les décisions de dépistage du VIH chez les enfants.
- Il faudrait procéder au dépistage du VIH si l’enfant est né d’une mère atteinte du VIH, présente d’autres facteurs de risque de VIH ou a des manifestations cliniques qui sont évocatrices du VIH.
- Dans tous les cas, il faut prodiguer des conseils avant et après le dépistage, à la fois aux parents ou aux tuteurs et à l’enfant, en fonction de son âge.
- Les enfants dont le résultat du dépistage est positif au VIH devraient être dirigés vers une équipe soignante multidisciplinaire spécialisée en soins du VIH pédiatrique.
Historique et principes de base
Le VIH est un rétrovirus qui peut s’attaquer à diverses cellules du système immunitaire et ainsi provoquer un grave dysfonctionnement immunitaire et une susceptibilité accrue aux infections opportunistes. Notamment, le virus pénètre dans les lymphocytes T CD4+, s’y réplique et finit par en entraîner la déplétion. La numération des lymphocytes CD4 est donc un indicateur de l’ampleur de l’immunodéficience chez un patient atteint du VIH. Plus la numération des lymphocytes CD4 est basse, plus les infections opportunistes auxquelles le patient est exposé sont variées. Non traitée, l’infection par le VIH finira par dégénérer en stade avancé de dysfonctionnement immunitaire, connu sous le nom de syndrome de l’immunodéficience acquise (sida), puis à tuer la personne atteinte.
Les enfants peuvent contracter l’infection par le VIH de diverses façons :
Les voies de transmission du VIH chez les enfants et les adolescents
La transmission verticale
- La voie périnatale et l’allaitement : La transmission verticale peut découler de l’exposition périnatale (intra-utérine ou intrapartum) ou de l’allaitement après l’accouchement. En cas de diagnostic de VIH inattendu, on peut envisager l’allaitement caché ou par une mère de substitution.
- L’alimentation d’aliments prémastiqués : La transmission est également possible si la mère ou un autre proche (y compris une mère de substitution) atteint d’un VIH non traité donne des aliments prémastiquésà un bébé plus âgé ou à un tout-petit et qu’il y avait du sang dans sa salive.
La transmission par contact sexuel
- Les relations sexuelles consensuelles (à l’adolescence) : Les relations sexuelles non protégées sont une voie de transmission majeure chez les adolescents et les jeunes adultes.
- L’agression sexuelle : Il faut envisager une agression sexuelle en cas d’infection inattendue, quel que soit l’âge de l’enfant.
La transmission hématogène
- Les transfusions de sang ou de produits sanguins : La transfusion de produits sanguins a déjà représenté une voie importante de transmission du VIH au Canada. Chaque don à la Société canadienne du sang et à Héma-Québec est désormais analysé pour détecter le VIH, et le risque de transmission par cette voie est désormais estimé à moins de un cas sur huit à 12 millions de transfusions. Cependant, une infection attribuable à la transfusion d’un produit sanguin peut être envisagée chez des enfants venant d’autres régions du monde, où le dépistage des donneurs et des produits sanguins peut être moins rigoureux.
- Les aiguilles, les seringues ou le matériel médical contaminés : Laréutilisation de matériel médical, tel que des seringues et des aiguilles, est une source d’infection par le VIH dans certains pays aux ressources limitées. Le partage d’aiguilles lors de l’utilisation de drogues injectables représente une autre voie de transmission du VIH.
- Dans de rares cas, la transmission peut être attribuable à du matériel contaminé utilisé pour une circoncision traditionnelle ou des pratiques culturelles telles que la scarification.[2]
Le pronostic du VIH contracté pendant la période périnatale a déjà été très sombre, et la mort était la norme pendant l’enfance. Le taux de mortalité élevé s’explique par les réponses différentes des nourrissons et des jeunes enfants à l’infection primaire par le VIH par rapport aux adultes. En général, la charge virale du VIH demeure élevée plus longtemps chez les jeunes enfants, ce qui accélère l’évolution de l’immunodéficience et réduit la période avant l’apparition des caractéristiques cliniques du sida. Sans traitement, un enfant infecté par le VIH en période périnatale sur cinq contractera le sida avant l’âge d’un an, mais l’âge médian est d’environ cinq ans au diagnostic du sida. Heureusement, ce pronostic s’est considérablement amélioré au Canada et dans les autres pays où des programmes de traitement du VIH sont en place pour les enfants.[3][4]
Étant donné l’accès à des thérapies antirétrovirales efficaces, on s’attend à ce que les enfants et les adolescents atteints du VIH survivent en bonne santé jusqu’à l’âge adulte. Il est donc très important de diagnostiquer le VIH le plus tôt possible, afin d’amorcer immédiatement une prise en charge optimale par une thérapie antirétrovirale et d’autres interventions. La thérapie antirétrovirale est également une intervention sanitaire efficace pour les adolescents et les adultes, car elle prévient la transmission lors de contacts sexuels entre une personne infectée et une personne non infectée[5], de même que la transmission de la mère à l’enfant.[6] [7] Les prestataires de soins de première ligne sont souvent les premiers professionnels de la santé à rencontrer les enfants immigrants et réfugiés et sont donc très bien placés pour amorcer le bilan de santé. Les recommandations suivantes visent à appuyer la pratique par des conseils sur le dépistage du VIH chez les enfants et les adolescents et sur les interventions en vue d’une orientation rapide des patients infectés par le VIH vers des soins spécialisés.
L’épidémiologie et la gravité de la maladie
En 2024, on estimait que 1,4 million d’enfants de zéro à 14 ans étaient atteints du VIH dans le monde. Grâce au succès des programmes de prévention de la transmission verticale, du nombre élevé de tests anténatals et de la couverture de la thérapie antirétrovirale chez les personnes enceintes dans le monde, on a toutefois constaté une chute remarquable de 62 % des nouvelles infections par le VIH dans la population pédiatrique entre 2010 et 2024. Malheureusement, le rythme de ce déclin s’est ralenti ces dernières années, car de nombreux pays peinent à obtenir une couverture totale. La couverture de la thérapie antirétrovirale chez les personnes enceintes atteintes du VIH s’est stabilisée à 80 % à 85 % dans les cinq années précédentes. De plus, la mortalité liée au sida chez les enfants a nettement diminué au fil du temps, puisque la thérapie antirétrovirale devient de plus en plus accessible aux enfants des pays à revenu faible et intermédiaire. La mortalité liée au VIH a chuté de 80 % chez les enfants de zéro à 14 ans, passant d’un pic de 380 000 décès en 2003 à 75 000 décès en 2024. Au tableau 1 figure un résumé des estimations de prévalence du VIH par région en 2024, établi par l’ONUSIDA. Les zones de prévalence par pays sont exposées à la figure 1. La majorité des enfants atteints du VIH (1,2 million) habitent dans des pays de l’Afrique subsaharienne.[1]
Tableau 1 : La prévalence mondiale du VIH par région, en 2024
| Région | Prévalence estimative |
| Afrique orientale et australe | 5,9 % |
| Afrique occidentale et centrale | 1,2 % |
| Moyen-Orient et Afrique du Nord | <0,1 % |
| Asie et Pacifique | 0,2 % |
| Amérique latine | 0,5 % |
| Caraïbes | 1,2 % |
| Europe de l’Est et Asie centrale | 1,1 % |
| Europe occidentale et centrale et Amérique du Nord | 0,2 % |
Source : Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA). HIV estimates with uncertainty bounds 1990-2025. Le 10 juillet 2025 (consulté le 14 décembre 2025)
Figure 1 : Prévalence mondiale du VIH, en 2023

Source de la carte : OurWorldIinData.org/hiv-aids (consulté le 14 décembre 2025)
Source des données :Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (2024)
Au Canada, la grande majorité des enfants de zéro à 14 ans atteints du VIH ont contracté le virus pendant la période périnatale. D’après des données du Groupe canadien de recherche pédiatrique et périnatale sur le VIH/sida, chez les enfants atteints du VIH qui étaient en foyer d’accueil au Canada en 2023, 61 % étaient nés hors du Canada, et 96 % avaient été infectés pendant la période périnatale.
Le dépistage
Le processus avant l’immigration
Depuis 2002, le dépistage du VIH fait partie de l’examen médical d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada chez les demandeurs de 15 ans et plus. Ceux de moins de 15 ans sont tenus de se soumettre au dépistage si l’un de leurs parents est atteint du VIH, s’ils ont reçu des transfusions de sang ou de produits sanguins ou s’ils seront adoptés au Canada. La sérologie VIH est prise en compte lors de l’évaluation d’une demande d’immigration, en fonction de l’utilisation estimative des soins de santé, mais d’après la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, un résultat positif au dépistage du VIH ne peut pas servir de critère pour exclure des réfugiés et des demandeurs du statut de réfugié. Le bureau des visas ou de l’immigration devrait remettre aux demandeurs atteints du VIH admis au Canada les coordonnées et les numéros de téléphone des autorités sanitaires et des services de VIH de leur province ou territoire de destination. Les réfugiés qui ne sont pas parrainés par le gouvernement (p. ex., réfugiés parrainés par des organismes du secteur privé, demandeurs du statut de réfugié) n’ont peut-être pas subi de dépistage avant de quitter leur pays.
Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada doit aviser les autorités sanitaires régionales à l’arrivée d’immigrants ou de réfugiés qui ont reçu des résultats positifs au dépistage du VIH, ce qui doit donner lieu à des tests de confirmation au Canada. Aucun mécanisme n’est prévu pour s’assurer que les patients recevront des soins par la suite.
Les recommandations relatives au dépistage après l’immigration
La Collaboration canadienne pour la santé des immigrants et des réfugiés recommande le dépistage du VIH chez les adolescents et les adultes en provenance de pays où la séroprévalence estimative du VIH dépasse le 1 %.[8] Les estimations de la prévalence du VIH par région et par pays peuvent être consultées dans le site Web de l’ONUSIDA. L’Afrique subsaharienne, les Caraïbes, l’Europe de l’Est et l’Asie centrale présentent une prévalence estimative du VIH supérieure à 1 % (voir le tableau 1). Même si leur prévalence globale du VIH est inférieure à 1 %, certains pays et les populations de régions données dépassent ce seuil. Les immigrants et les réfugiés peuvent également provenir de pays où l’incidence du VIH augmente au fil du temps, ou de zones de conflit où les taux de transmission sont élevés en raison de la violence sexuelle. Dans de telles situations, le dépistage du VIH est également à envisager.
La décision de procéder au dépistage du VIH chez un enfant appartient au clinicien. À l’heure actuelle, le dépistage est recommandé chez les enfants de moins de 15 ans lorsqu’il est démontré que le « le principal demandeur » est infecté par le VIH[8]. Le dépistage du VIH doit également être effectué si la mère biologique de l’enfant est décédée et que la cause probable de ce décès est liée au sida. Si l’enfant est accompagné d’une tutrice à son arrivée au Canada, les prestataires de soins doivent vérifier s’il s’agit de la mère biologique. Lorsque ce n’est pas le cas, il est raisonnable de procéder au dépistage de l’enfant si la prévalence du VIH est supérieure à 1 % dans son pays d’origine. Le dépistage est également recommandé en présence d’un autre facteur de risque que la transmission de la mère à l’enfant, tel qu’une agression sexuelle confirmée ou présumée ou la transfusion d’un produit sanguin dans le pays d’origine. Si le facteur de risque est élevé, le dépistage doit être exécuté, quels que soient les résultats déclarés ou consignés au dossier dans le pays d’origine.
Certains experts recommandent le dépistage de tous les enfants provenant de pays où la prévalence du VIH est supérieure à 1 %, même si cette pratique de dépistage des immigrants et des réfugiés n’est pas systématique dans tous les centres. Il faut effectuer le dépistage auprès de ces enfants, quel que soit leur âge, à moins qu’ils respectent tous les critères suivants : la mère biologique est présente et sa séronégativité VIH est confirmée par des tests appropriés, l’histoire de l’enfant n’inclut pas de facteur de risque de VIH et l’enfant ne présente aucune manifestation clinique évocatrice du VIH-sida.
Les pédiatres et autres prestataires de soins aux adolescents de 15 ans et plus devraient envisager la possibilité du VIH s’ils constatent un facteur de risque ou une manifestation clinique évocatrice. Ces jeunes font partie de la tranche d’âge la plus à risque d’une nouvelle infection[1]. Le dépistage n’a peut-être jamais été effectué, particulièrement chez les réfugiés qui ne sont pas parrainés par le gouvernement. De plus, il n’est pas toujours possible d’avoir accès aux résultats du dépistage, et même si un résultat négatif est en dossier, le patient se trouvait peut-être dans la « fenêtre sérologique » de production d’anticorps du VIH. Un résultat faussement négatif est possible si l’infection est récente, généralement dans les deux à quatre semaines précédentes. L’incapacité de percevoir ce risque dans cette tranche d’âge est reliée à un retard de diagnostic.[9]
Quand procéder au dépistage du VIH chez les enfants immigrants et réfugiés?
- Le parent a reçu un résultat positif au dépistage du VIH (avant ou après son immigration).
- La mère biologique est décédée d’une maladie liée au sida confirmée (ou présumée).
- La mère biologique n’est pas au Canada et l’enfant provient d’une région ou d’un pays où la prévalence du VIH est supérieure à 1 %. Certains experts recommandent le dépistage du VIH chez tous les enfants de moins de 15 ans s’ils proviennent d’une région ou d’un pays où la prévalence du VIH est supérieure à 1 %.
- L’enfant ou l’adolescent présente un facteur de risque de transmission, comme la transfusion de sang ou d’un produit sanguin ou une agression sexuelle.
- À l’adolescence, la personne arrive d’une région ou d’un pays où la prévalence du VIH est supérieure à 1 % ou est enceinte.
- L’enfant ou l’adolescent présente des manifestations cliniques évocatrices d’une infection par le VIH.
Évidemment, plusieurs scénarios cliniques devraient évoquer la possibilité du VIH et entraîner les tests de dépistage appropriés. Plusieurs symptômes, observations cliniques et diagnostics souvent associés à une infection sous-jacente par le VIH sont résumés ci-dessous. Le dépistage du VIH s’impose chez les patients ayant un diagnostic d’infections opportunistes, telles que la pneumocystose, la méningite à cryptocoque, la toxoplasmose du système nerveux central, la rétinite à cytomégalovirus et l’infection disséminée par le complexe Mycobacterium avium. Tous les patients atteints d’une tuberculose active devraient également être soumis au dépistage du VIH. Il est recommandé de consulter en infectiologie pédiatrique pour contribuer à la prise en charge de ces maladies.
Le dépistage du VIH est également à envisager chez les patients dont certains résultats de laboratoire révèlent des affections comme une lymphopénie, une thrombocytopénie ou une anémie inexpliquée et persistante.
Manifestations cliniques possibles du VIH
- Retard staturopondéral
- Retard neurodéveloppemental
- Infections bactériennes récurrentes
- Diarrhée récurrente ou chronique
- Fièvre d’origine inconnue
- Lymphadénopathie généralisée
- Muguet après la période néonatale
- Infections opportunistes
Les interventions
Les modes de dépistage
Le dépistage du VIH de première intention chez les enfants de plus de 18 mois au Canada est un test de quatrième génération du nom d’immunodosage en chimioluminescence sur microplaques, qui détecte à la fois l’antigène p24 et les anticorps du VIH. Il remplace le dosage immunoenzymatique (ELISA) des anticorps du VIH. Il peut également être utilisé avant l’âge de 18 mois si on ne connaît pas la sérologie VIH de la mère biologique. Dans ce scénario, il faut confirmer les résultats positifs du test sérologique par une amplification en chaîne par polymérase (PCR) de l’ADN ou de l’ARN du VIH. Des résultats positifs et indéterminés sont confirmés par d’autres tests sérologiques, qui ont largement remplacé le transfert Western au Canada, et parfois par un test PCR si les résultats sérologiques de deuxième niveau demeurent indéterminés. Un résultat faussement négatif peut se produire en cas d’infection récente, c’est-à-dire dans les deux à quatre semaines précédentes, ce qui correspond à la fenêtre de séroprévalence habituelle pour produire des anticorps contre le VIH. Si une exposition à haut risque s’est produite pendant cette période, le test doit être repris un mois plus tard. Dans cette même fenêtre, les nourrissons allaités par une mère atteinte du VIH devraient être soumis à un test PCR à deux reprises à compter d’au moins un mois après la fin de l’allaitement s’ils ont moins de 18 mois. S’ils ont plus de 18 mois, le test PCR peut être remplacé par un dosage des anticorps du VIH.
Avant l’âge de 18 mois, les enfants nés d’une mère atteinte du VIH peuvent obtenir des résultats positifs au test sérologique en raison de la présence des anticorps de la mère contre le VIH. Si la mère biologique d’un enfant de cette tranche d’âge est atteinte d’un VIH connu, un test PCR de l’ADN ou de l’ARN du VIH est à privilégier. Au Canada, un test PCR qualitatif de l’ADN du VIH (ou un test qualitatif combiné de l’ADN et de l’ARN) est standard dans certaines régions, mais la plupart ont adopté une méthode quantitative de l’ARN. Les nourrissons nés d’une mère atteinte du VIH devraient être soumis à l’un de ces dosages à la naissance, à l’âge d’un mois, puis à l’âge de deux à quatre mois. En général, un résultat positif à la naissance est indicateur d’une infection intra-utérine. Les deux tests sont dotés d’une spécificité de 100 % à l’âge d’un mois et d’une sensibilité de 100 % à l’âge de quatre mois.[10][11] Chez les nourrissons qui reçoivent une thérapie antirétrovirale combinée (trithérapie) en prophylaxie, la charge virale quantitative de l’ARN peut être supprimée au point de se situer sous la limite de détection et d’entraîner à un résultat faussement négatif, et ce, jusqu’à quelques semaines après l’arrêt de la thérapie antirétrovirale.
Les conseils thérapeutiques avant le dépistage
Il faut prodiguer des conseils thérapeutiques avant tous les tests de dépistage du VIH. L’approche dépend de l’âge et de l’étape de développement de l’enfant soumis au dépistage. Chez les jeunes enfants, la conversation se tiendra avec un parent ou un tuteur. Les adolescents dont le développement correspond à l’âge et qui sont en mesure de consentir eux-mêmes aux interventions devraient recevoir les conseils directement.
- Il faut recourir à un interprète professionnel dans les familles qui ne maîtrisent pas le français ou l’anglais, afin de garantir une communication claire et de respecter la confidentialité. Le recours à des interprètes non formés, notamment les enfants et les adolescents, n’est pas recommandé. Les familles peuvent être particulièrement sensibles au partage d’information sur le diagnostic du VIH avec un interprète. Assurez-vous que la famille du patient juge l’interprète acceptable.
- Il faut préciser la nature confidentielle des conseils thérapeutiques avant le test, sans oublier toutefois d’expliquer que le VIH est considéré comme une maladie à déclaration obligatoire.
- Si l’on craint que le VIH a été contracté pendant la période périnatale, il faut préciser qu’un résultat positif chez l’enfant donnera probablement lieu à un diagnostic de VIH chez sa mère biologique.
- Il faut expliquer clairement la signification d’un résultat positif, négatif ou indéterminé et éviter le jargon médical.
- Il faut procéder à l’anamnèse afin de déterminer les facteurs de risque et le moment de l’exposition.
- Il faut expliquer la fenêtre de séroprévalence, de même que l’importance d’effectuer des tests supplémentaires si les résultats sont négatifs ou indéterminés et qu’une récente exposition à haut risque a eu lieu.
- Il faut aborder les répercussions psychologiques de résultats positifs, de même que les mécanismes d’adaptation et les systèmes de soutien pour le patient.
- Enfin, il faut prévoir un rendez-vous de suivi pour transmettre les résultats du test et prodiguer des conseils en conséquence.
Les conseils thérapeutiques après le dépistage
Il est recommandé de prodiguer des conseils thérapeutiques après les résultats de tous les tests. Il faut évaluer soigneusement la question de la divulgation aux enfants dont l’atteinte par le VIH est confirmée. En général, on prépare les jeunes enfants atteints du VIH à la divulgation éventuelle de leur état sur une période de plusieurs années. On recommande d’attendre entre l’âge de dix à 12 ans pour informer l’enfant de son état, afin qu’il ait atteint un développement approprié. Les adolescents en mesure de consentir à des interventions médicales doivent être informés de leur diagnostic après avoir obtenu un résultat positif et recevoir un soutien psychosocial approprié. Les réactions des patients ou de leurs parents à un résultat positif au VIH peuvent varier, mais la nouvelle peut être difficile à accepter. Les personnes en détresse devraient être immédiatement orientées vers un spécialiste en santé mentale.
Les conseils thérapeutiques donnés après un résultat positif devraient comporter un volet pédagogique pour expliquer les risques et les voies de transmission du VIH à l’entourage, les façons de réduire ces risques et les moyens précis d’éviter la transmission. Il faut aborder la question de la divulgation à des tiers et formuler des recommandations pour éviter de divulguer la sérologie VIH de l’enfant de manière inappropriée. Enfin, il faut souligner l’accès à la thérapie antirétrovirale et la survie prolongée en bonne santé que cette médication permet.
L’allaitement
Au Canada et dans d’autres pays à revenu élevé, l’infection de la mère par le VIH est considérée comme une contre-indication à l’allaitement si elle n’est pas traitée et que sa charge virale au VIH est détectable. Depuis 2013, dans les milieux faibles en ressources, l’allaitement est considéré comme l’option la plus sécuritaire si la mère prend une thérapie antirétrovirale compte tenu du très faible risque résiduel de transmission dans le lait maternel par rapport aux autres risques importants pour la santé d’une alimentation de substitution dans un tel contexte.
Depuis 2023, des directives canadiennes expliquent comment soutenir les mères qui désirent allaiter pendant leur thérapie antirétrovirale suppressive, compte tenu du très faible risque de transmission. Si une mère allaitante récemment arrivée au pays est atteinte d’un VIH confirmé ou présumé, elle devrait recevoir des conseils sur le risque de transmission à son nourrisson, se faire conseiller d’arrêter d’allaiter si elle ne prend pas de thérapie antirétrovirale suppressive et se faire proposer une autre forme d’alimentation adaptée à l’âge de son nourrisson. Les mères qui allaitent et sont déjà sous thérapie antirétrovirale à leur arrivée au Canada devraient se faire proposer de vérifier leur charge virale le plus vite possible, conformément aux directives canadiennes. Ces scénarios devraient être confirmés en infectiologie pédiatrique, au cas où une prophylaxie postexposition serait indiquée pour l’enfant.
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Scénario clinique : une possibilité de VIH chez une fillette Kay est une fillette de 22 mois née en Inde de parents qui étaient réfugiés du Myanmar. Les parents, mais pas Kay, assistent à un rendez-vous pour recevoir les résultats et des conseils thérapeutiques après un dépistage du VIH. Les résultats révèlent que les deux parents sont atteints du VIH. Dans la salle d’examen, la mère allaite Kay. Kay n’a pas eu de maladies graves, et son développement semble correspondre à son âge. Son poids se situe bien en deçà du 3e percentile pour son âge, et elle a de petits ganglions lymphatiques palpables dans le cou, aux aisselles et sur les aines. Son examen ne révèle rien d’autre de particulier. Le reste de l’histoire familiale révèle que les deux parents avaient reçu des résultats positifs au dépistage du VIH avant leur arrivée au Canada, mais n’avaient pas reçu de conseils au sujet de la transmission du VIH ni n’avaient été orientés vers des spécialistes pour être traités. Plus tard, Kay reçoit un résultat initial positif à la sérologie du VIH. Comment vous y prendriez-vous pour conseiller à ces parents de soumettre leur fille au dépistage, en plus de leur annoncer les résultats de leur propre test? Comment aborderiez-vous la question de l’allaitement? Points d’apprentissage
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Les soins spécialisés
Tous les enfants qui viennent d’immigrer chez qui une atteinte par le VIH est confirmée au Canada devraient être dirigés en infectiologie pédiatrique, de préférence vers un programme du VIH pédiatrique. Chaque cas devrait être abordé le plus tôt possible avec un spécialiste du VIH ou un infectiologue pédiatre du centre de soins tertiaires local afin de coordonner la prise en charge (p. ex., début de la prophylaxie de la pneumocystose) et d’éviter les retards avant d’amorcer les soins au patient et à sa famille. En cas de danger d’exposition continue, tel que l’allaitement, ou si l’enfant présente des signes ou symptômes évocateurs du VIH, il faut consulter immédiatement l’infectiologue pédiatre sur appel. Les coordonnées des cliniques régionales de VIH pédiatrique se trouvent dans le site Web du Groupe canadien de recherche pédiatrique et périnatale sur le VIH/sida.
Les enfants atteints du VIH devraient être traités par une équipe soignante multidisciplinaire, y compris un spécialiste du VIH pédiatrique, une infirmière pivot, un pharmacien, un diététiste, un psychologue clinique et un travailleur social. La thérapie antirétrovirale doit être entreprise le plus vite possible, peut-être conjointement avec d’autres médicaments préventifs, tels que la prophylaxie contre la pneumocystose, selon l’âge de l’enfant et sa numération de lymphocytes CD4. Une supervision à long terme de la thérapie antirétrovirale par un spécialiste s’impose. Même si l’information relative aux posologies antirétrovirales dépasse la portée du présent document, le site Web des National Institutes of Health contient des lignes directrices à jour, en anglais, sur la prise en charge du VIH chez les enfants.[11]
Références
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- Asa GA, Fauk NK, Ward PR. Traditional male circumcision and the risk for HIV transmission among men: a systematic review. BMJ Open. 2023;13(5):e072118. doi :10.1136/bmjopen-2023-072118.
- Gortmaker SL, Hughes M, Cervia J et coll. ; équipe du protocole 219 du groupe d’études cliniques sur le sida pédiatrique. Effect of combination therapy including protease inhibitors on mortality among children and adolescents infected with HIV-1. New Engl J Med 2001;345(21):1522-8.
- Kapogiannis BG, Soe MM, Nesheim SR et coll. Mortality trends in the US Perinatal AIDS Collaborative Transmission Study (1986-2004). Clin Infect Dis 2011 ; 53(10):1024-34.
- Cohen MS, Chen YQ, McCauley M et coll. ; équipe de l’étude HPTN 052. Prevention of HIV-1 infection with early antiretroviral therapy. New Engl J Med 2011;365(6):493-505.
- Cooper ER, Charurat M, Mofenson L et coll. ; groupe d’étude sur les mères et la transmission aux nourrissons. Combination antiretroviral strategies for the treatment of pregnant HIV-1-infected women and prevention of perinatal HIV-1 transmission. J Acquired Immune Def Syndr 2002;29(5):484-94.
- Forbes JC, Alimenti AM, Singer J et coll. ; Groupe canadien de recherche pédiatrique et périnatale sur le VIH/sida. A national review of vertical HIV transmission. AIDS 2012;26(6):757-63.
- Pottie K, Greenaway C, Feightner J et coll. Evidence-based clinical guidelines for immigrants and refugees. CMAJ 2011;183(12):E824-925. Appendix 6: Human immunodeficiency virus: Evidence review for newly arriving immigrants and refugees.
- Laprise C, Bolster-Foucault C. Comprendre les obstacles et les facteurs favorables au dépistage du VIH au Canada de 2009 à 2019 : examen systématique des études mixtes. Relevé des maladies transmissibles au Canada 2021 ; 47(2):117-38. doi :10.14745/ccdr.v47i02a03f.
- Burgard M, Blanche S, Jasseron C et coll. ; cohorte périnatale française de l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales. Performance of HIV-1 DNA or HIV-1 RNA tests for early diagnosis of perinatal HIV-1 infection during anti-retroviral prophylaxis. J Pediatr 2012;160(1):60-6.
- Panel on Antiretroviral Therapy and Medical Management of Children Living with HIV. What’s new in the guidelines [Internet]. Rockville (MD): Clinicalinfo.HIV.gov, U.S. Department of Health and Human Services; [mis à jour le 27 juin 2024 ; cité le 8 avril 2026]. Repéré à https://clinicalinfo.hiv.gov/en/guidelines/pediatric-arv/whats-new
Réviseuse(s)
Jason Brophy, MD
Mise à jour : juin, 2026
