Le déficit en G6PD
Faits saillants
- Le déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PD) rend les globules rouges vulnérables à l’hémolyse lorsqu’ils sont exposés à un stress oxydatif comme l’infection, certains médicaments ou les féveroles à petits grains. Il est important de procéder au dépistage du G6PD chez les personnes à risque avant de prescrire de la primaquine et de la tafénoquine (p. ex., pour le paludisme).
- Dans le monde, le déficit en G6PD est l’anomalie enzymatique la plus courante, qui touche environ 500 millions de personnes.
- Il faut envisager le dépistage du déficit en G6PD chez tous les enfants et les adolescents d’ascendance africaine, asiatique, méditerranéenne et moyen-orientale à leur arrivée au Canada, notamment s’ils présentaient un ictère persistant pendant la période néonatale.
- Pendant et peu après un incident hémolytique, le résultat du dosage du G6PD peut être faussement normal en raison d’une réticulocytose. Dans un tel cas, il peut être nécessaire de reprendre l’examen plusieurs semaines plus tard.
Le déficit en G6PD
Le glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PD) est une enzyme qui protège les globules rouges contre les lésions. Le déficit en G6PD rend les globules rouges vulnérables à l’hémolyse lorsqu’ils sont exposés à un stress oxydatif comme l’infection, certains médicaments (voir le tableau 1) ou les féveroles à petits grains. Certains enfants ayant un déficit en G6PD sont atteints d’un ictère néonatal, mais bon nombre sont asymptomatiques et peuvent demeurer non diagnostiqués jusqu’au déclenchement de l’hémolyse, ce qui entraînera une hyperbilirubinémie et, parfois, une anémie.
Les épisodes symptomatiques sont généralement autorésolutifs, mais peuvent inclure un ictère, une hémoglobinurie, de la pâleur, de la fatigue, de la fièvre, des douleurs abdominales, de la diarrhée et des vomissements occasionnels. Il arrive toutefois que la baisse d’hémoglobine soit grave et exige une transfusion sanguine.
Les complications plus chroniques sont rares, mais il est établi que les personnes atteintes d’un déficit en G6PD non diagnostiqué font souvent face à un retard de diagnostic et aux complications subséquentes d’affections comme le diabète, car leurs taux de HbA1C peuvent être faussement faibles.
Dans le monde, le déficit en G6PD est l’anomalie enzymatique la plus courante, qui touche environ 500 millions de personnes, surtout d’ascendance africaine, asiatique, moyen-orientale et méditerranéenne (voir la figure 1). Le déficit en G6PD touche principalement les hommes, puisque le gène qui code pour le G6PD loge sur le chromosome X. Dans de rares cas, les femmes peuvent être touchées par homozygotie du déficit en G6PD, ou les femmes hétérozygotes peuvent être atteintes si leur autre chromosome X est inactivé.
Les variantes du G6PD peuvent être classées en variantes indicatrices du risque d’hémolyse. Les variantes de classe A sont associées à l’anémie hémolytique chronique, tandis que celles de classe B sont associées à un risque d’hémolyse et que celles de classe C ne sont pas associées à l’hémolyse[1].
Figure 1 : Le risque de gravité mondiale de déficit en G6PD (2012)

Source : Howes RE, Piel FB, Patil AP, Nyangiri OA, Gething PW, Dewi M et coll. (2012) G6PD Deficiency Prevalence and Estimates of Affected Populations in Malaria Endemic Countries: A Geostatistical Model-Based Map. PLoS Med 9(11):e1001339. https://doi.org/10.1371/journal.pmed.1001339
Le diagnostic
Le diagnostic de déficit en G6PD est posé grâce à une analyse sanguine qui mesure le taux de l’enzyme G6PD. Il est important de souligner que pendant et peu après un incident hémolytique, le dosage du G6PD peut donner un résultat faussement normal à cause d’une réticulocytose. Dans un tel cas, il peut être nécessaire de reprendre le dosage quelques semaines plus tard. Les dosages de G6PD peuvent également sembler faussement normaux après une transfusion sanguine, auquel cas la reprise du dosage doit avoir lieu de trois à quatre mois après cette transfusion.
Les déclencheurs
Il faut envisager le dépistage du déficit en G6PD chez tous les enfants et les adolescents d’ascendance africaine, asiatique, méditerranéenne et moyen-orientale à leur arrivée au Canada, notamment s’ils présentaient un ictère persistant pendant la période néonatale.
La primaquine, un antipaludique prescrit pendant 14 jours pour prévenir une rechute du Plasmodium vivax et du P. ovale (pour éradiquer les hypnozoïtes ou viser une « cure radicale ») est un déclencheur oxydatif. La tafénoquine, un antipaludique plus récent utilisé dans bien des régions du monde, en est également un. Il est à souligner qu’on ne peut pas en interrompre l’administration en cours de traitement puisqu’une seule dose est administrée. Par conséquent, chez les personnes à risque, le dépistage du G6PD doit avoir lieu avant qu’on leur prescrive de la primaquine ou de la tafénoquine.[1]
De nombreux autres médicaments peuvent déclencher une crise hémolytique, y compris les sulfamides et les antipyrétiques (voir le tableau 1). Les infections, la naphtaline (boule à mites) et les féveroles à petits grains font partie des autres déclencheurs.
Il faut aviser les patients d’éviter ces déclencheurs dans la mesure du possible, mais la réponse aux déclencheurs varie d’un patient à l’autre et n’est pas toujours uniforme.
Tableau 1 : L’innocuité des agents oxydants chez les patients ayant un déficit en G6PD*
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Généralement non sécuritaire à l’égard de toutes les variantes |
Généralement sécuritaire à l’égard des variantes de classe B |
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Acétanilide Acide nalidixique Bleu de méthylène Bleu de toluidine Furazolidone Naphtaline Nitrofurantoïne Phénazopyridine Phénylhydrazine Primaquine Sulfacétamide Sulfaméthoxazole Sulfanilamide Sulfapyridine Tafénoquine Thiazosulfone Trinitrotoluène |
Acétaminophène Acide ascorbique Aspirine Chloramphénicol Chloroquine Colchicine Diphenhydramine Isoniazide Phénacétine Phénylbutazone Phénytoïne Probénécide Procaïnamide Pyriméthamine Quinidine Quinine Streptomycine Sulfaméthoxypyridazine Sulfisoxazole Triméthoprime Tripélennamine Vitamine K |
*Les médicaments en caractères gras indiquent qu’ils sont surtout utilisés chez les enfants et les adolescents ou qu’ils sont utilisés dans la population générale.
†Variante de classe B: déficit en G6PD de moins de 45 %, associé à un ictère néonatal; anémie hémolytique aiguë déclenchée par des médicaments, les féveroles à petits grains ou une infection; absence d’anémie hémolytique chronique[2]
Source : Adapté de Jeng M et Vichinksy E. Hematologic problems in immigrants from Southeast Asia. Hematol Oncol Clin N Am 2004;18(6):405-22. Traduction autorisée
Information pour les familles
- The Hospital for Sick Children.About Kids’ Health. Déficit en G-6-PD
Références
- Luzzatto L, Bancone G, Dugué PA, Jiang W, Minucci A, Nannelli C, Pfeffer D, Prchal J, Sirdah M, Sodeinde O, Vulliamy T, Wanachiwanawin W, Cunningham J, Bosman A. New WHO classification of genetic variants causing G6PD deficiency. Bull World Health Organ. Le 1er août 2024;102(8):615-7.
- Ramiah Vickers, Sarah Elsea. P498: G6PD deficiency: A ʻhidden’ diagnosis beyond pharmacogenomics. Genet Med Open 2026;4(1):103990.
Réviseuse(s)
Andrea Hunter, MD
Anna Banerji, MD
Mise à jour : juin, 2026
